Il est des jours, des nuits, des temps
Où je me sens lasse, vieille, usée
Fatiguée de la méchanceté des gens
De l'ignorance, celle des autres, de mon passé.
Je suis venue, j'ai vu, j'ai fait ce que j'ai pu,
On m'a battue, pendue, mordue, conspuée;
Je pense n'avoir pas trop mal services rendu,
Enseigné, guéri, pansé, aimé.
Que faire de plus, que dire, que montrer
Que donner de plus, parler, agir
Dois-je demeurer, subir, pâtir
Ou continuer, marcher, monter.
Qui a haï, trahi, hélas le sera
Celui qui poison a donné, infligé
Douleur subira, par elle mourra
Il en est ainsi hors toute volonté
Tourner une page, regarder le Sage
Admirer lune et soleil, mirer l'Éveil
Reposer pensée, dompter, quitter mirage
Apaiser le souffle, purifier la vue, l'Esprit en veille.
Jamais la main fermée ne sera, ni aujourd'hui ni demain
Mon attention ira vers les autres, amis et ennemis
Le regard sur moi plus ne se tournera, mais vers demain
S'éveillera et se dirigera sans répit.
Il est des jours, des nuits, des temps
Où je me sens lasse, vieille, usée
Fatiguée de la méchanceté des gens
De l'ignorance, celle des autres, de mon passé.
Et pourtant sans cesse je reviendrai
Pour les autres, pour tous, pour une, je mourrai
Car au fond de moi, au cour de mes souhaits
Il n'est d'autre but plus grand que je chérirai.

